Mamie n’arrête pas de disparaître, après le thé, après le dîner. Il est certain qu’à cette heure-là, elle ne court pas les magasins.
Bien sûr que non !
On s’inquiète seulement de cette façon qu’elle a maintenant de s’isoler dans ce qu’elle appelle son bureau. Plusieurs membres de la famille ont eu l’idée loufoque de lui offrir pour ses quatre-vingts ans un ordinateur.
Certes les petits enfants, à partir de quatre ans savent manier la « souris » avec dextérité, pour pratiquer leur jeu favori.
Mais une dame de son âge ! N’est-ce pas trop malicieux de lui offrir un appareil auquel de nombreux adultes sont encore allergiques. ?
Pour sortir de notre perplexité, nous lui avons posé cette simple question, Que faites-vous donc, Mamie, penchée sur votre écran, vos doigts tapotant les touches comme celles d’un piano ?
Elle nous a d’abord félicité de notre discrétion puisqu’à l’évidence, nous n’avions pas violé le secrets de ses …écrits.
Nous ne nous attendions pas du tout à ce qui allait suivre.
Elle nous a parlé de jeunesse retrouvée, du plaisir d’enregistrer des contes, des nouvelles, de l’agrément sans cesse renouvelé, de rêver, d’imaginer des histoires émouvantes ou cocasses, ou bien, sans du tout se prendre pour un nouveau Balzac, mettre en scène des individus connus autrefois, et se livrer à des descriptions de modes de vie ou de caractères.
La vie a bien changé depuis sa jeunesse, et, certains détails peuvent vraiment étonner les générations actuelles.
Une très nombreuse correspondance familiale étant parvenue jusqu’à elle, Mamie peut relater des évènements qui ne manquent pas de piquant, faire surgir certains personnages, les mettre en scène et, pour sa plus grande joie, passer des heures, devant son clavier.
Mais, ce n’est pas tout…
Voici qu’elle nous parle de surfer sur le Web, de consulter Google pour un oui ou pour un non, mais toujours dans l’idée de parfaire sa culture, et sa curiosité jamais satisfaite, qui la pousse à consulter un dictionnaire pour un oui, ou pour un non.
Nous l’écoutions bouche bée, quand elle se brancha sur, dit-elle, MSN Explorer, consulta sa boîte de réception, lut des messages, et, y répondit.
Nous vîmes sa liste de contacts, il paraît qu’elle s’allonge de jour en jour.
Elle invita, car, c’était l’heure habituelle, une de ses petites filles perdue dans le fond de la Poméranie, à bavarder avec elle.
Hélas, tout le monde n’est pas équipé, comme elle d’une Webcam, et d’un micro !
Les adjectifs : merveilleux, fascinants revinrent sur ses lèvres .pour une fois, elle multipliait les répétitions, je dois l’avouer, à notre grande joie.
Un de vous a-t-elle ajouté, a beaucoup insisté pour qu’elle s’adonne à cette distraction et lui demanda de lui faire parvenir ce qu’elle appelle ses « folies » par le biais d’internet.
Il se proposa comme correcteur, metteur en page et éditeur.
Le rire claire de Mamie fut suivi d’un propos sincère : Il est aussi mon seul lecteur assidu.
Autrement dit, dans notre monde démocratique, j’obtiens une voix sur cinquante, soit un demi pour cent de votes exprimés.
Mon lecteur-éditeur alias Berthevin ne me fera gagner aucun prix littéraire à titre posthume !
Mais, de mon bureau combien d’heures de rêves et d’évasion, aurai-je goûtées grâce à lui et à tous ceux d’entre vous qui m’avez dotée de cet
Incroyable tapis volant, sur lequel je passerais volontiers « Mille et une nuits » ( Années 90 )
2 commentaires:
Quel joli éloge de la machine qui nous donne la joie de vous lire !
Avec l'aimable autorisation de Marguerite Collot, j'offre le CD de ses "Contes et Nouvelles de la Rivière Noire", aux quinze premiers lecteurs qui lui en feront la demande.
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